Sénèque                  Cela arrive parfois, pendant le temps de formation, que s’invite un orage. Chacun le traverse à sa manière, selon ses ressources. Parfois, la sophrologie, pas seulement la pratique de la séance, mais son essence même, est une ressource profonde. La conscience s’ouvre, le regard se modifie, la relation même à l’orage se transforme.                Nous avons tous vu naître, dernièrement,  une danseuse sous la pluie. Elle n’a pas attendu que passe l’orage. Elle a vérifié son ancrage, tenté ses propres gestes,  est devenue l’auteur/interprète de sa propre vie. Voici ce qu’elle nous livre de son expérience.                                                        ———————————————————————————————————- La Sophrologie…comme soin de support pour traverser la maladie. Je démarre la formation de l’ISH en janvier 2018. Elle viendra ajouter une corde à mon métier de Leadership Developer. C’est ce que j’imagine.   Trois mois plus tard, le diagnostic tombe, j’ai un cancer du sein. Le protocole est lourd, le cancer est agressif. Information pré sophronique – c’est la douche froide, rien ne sort de ma bouche. Je comprends rapidement que la Sophrologie m’est très précieuse…pour dépasser la cohorte d’examens en tout genre, dans des lieux plus ou moins accueillants, des temps d’attente que je n’imaginais pas avant de vivre cette expérience de « soigné ». Je sais maintenant pourquoi le corps médical parle de patient. La maitrise de mon agenda est désormais entre les mains des soignants, en fonction des urgences, aussi parfois des humeurs du monde médical. Je respire au carré, en cohérence cardiaque, j’utilise mon geste d’autoancrage, je fais mes propres lectures du corps…Ce qui provoque des réactions, conversations avec des êtres chers qui m’accompagnent et certains soignés patients, par curiosité.   Chirurgie Pause d’intégration – La Sophrologie m’est très précieuse, je veux en faire mon métier pour demain. Ma seule exigence est alors de poursuivre la formation, ce qui implique d’organiser des soins sur 2 villes, à Metz (dont je suis originaire) et à Dunkerque (où j’ai été mutée). L’ISH accueille ma demande, l’oncologue la tolère. La Vie me donne du temps pour m’occuper de ma santé, je décide de le consacrer aussi à mon développement. Chimiothérapie, 4 espacées de 3 semaines puis 12 hebdomadaires, 6 mois en tout. La Sophrologie m’est très précieuse pour vivre l’instant présent et arrêter de zapper le « ici maintenant », d’anticiper, de voir le pire et de lutter contre moi. Comme à réception des compte rendus de résultats indigestes, que j’ai bien précisé ne pas vouloir recevoir à domicile pour éviter de les découvrir seule et d’angoisser plus. Je prends conscience qu’il y a ce qui est et ce que j’interprète. Je comprends aussi que prévoir et remplir sa journée par peur du pire n’est pas la solution. J’apprends à prendre le temps de vivre, je me pose, je me reconnecte à mes 5  sens, je lâche cette illusion de tout contrôler. Je prends ce qui est, ce qui vient et je développe une confiance en demain, sans planification. La Sophrologie m’est très précieuse pour focaliser sur le positif et le vivant de chaque instant – Malgré les traitements et leurs effets secondaires violents, malgré la perception de souffrance intense des malades autour de moi, je suis toujours vivante, je respire, mon cœur bat et je monte la montagne à petits pas. Je prends conscience…des qualités d’être de la plupart des soignants. Ils sont là avec nous, fidèles, vrais, authentiques, ils prennent des nouvelles. Ils vivent avec nous le quotidien des soins qu’ils dispensent et que nous recevons. Nous sommes tous acteurs et nous partageons les mêmes conditions…pour certains de travail et pour d’autres de soins. En fond d’écran, je ressens les besoins de  performance, rentabilité, protocole, assurance qualité de l’hôpital. Je vois les équipes médicales s’efforcer de garder nos conditions les plus humaines possibles. J’enrage contre les rares soignants qui ne nous considèrent pas comme sujet et les patients qui vivent chaque urgence comme une injustice. Même dans les pires situations, certaines personnes sont ressources et d’autres toxiques… je dis merci à ma bulle de ressourcement. Je suis sur les rotules, je pratique, à tour de moulinets, Sophro activation vitale et soufflets thoraciques pour renforcer mon énergie de vie, respirer, régénérer mes cellules, dynamiser mon système immunitaire défaillant et mis à mal. Mes épaules se redressent, je dors mieux, je m’ouvre à nouveau. Les éléments toxiques qui me gênaient, glissent maintenant plus facilement sur moi. Je m’entraine. La fin des traitements lourds approche, je suis plus disponible pour la vivance des valeurs. Je vis ce que veut dire « essentiel, fondamental, qui a du sens ». Je tournicote autour d’une valeur qui émerge, puis je l’assume, enfin je l’affirme et me sens légitime. Pause d’intégration – La Sophrologie m’est très précieuse pour prendre soin de moi….avant la traversée du cancer, je me consacrais une journée shopping-massage-coiffeur-esthéticienne quand le trop plein de ma vie était là. Avec le recul, j’en avais pour mon argent…euh, non …j’en avais pour beaucoup d’argent et l’effet était souvent éphémère. Chaque jour, prendre soin de moi signifie désormais, écouter mes ressources et les remercier, respecter mes limites et ne pas me mettre dans l’inconfort, écouter mon corps, mes ressentis, mon cœur, mes intuitions. Me choisir et prendre ma place. Radiothérapie, 28 séances journalières  Pause d’intégration  – Se dessine au loin la reprise de mon activité professionnelle et au même titre que j’ai préparé mon départ, je prépare mon retour. Les sophromnésies m’aident à (re)prendre conscience de mes ressources et de mes forces. Je suis de nouveau en contact avec elles. J’accueille ce avec quoi je suis mal à l’aise, ce dont je n’ai pas envie, même si ça ne se fait pas au regard de valeurs sociales ou sociétales. Je n’ai plus peur de ma puissance et je commence à l’assumer à l’extérieur. « C’est notre propre lumière et non pas notre obscurité qui nous effraie le plus. » Nelson Mandela Mon projet professionnel s’affirme. Pendant ces 15 mois, j’ai construit ma propre médecine intégrative. J’étais loin d’imaginer les impacts de la Sophrologie sur mon mode de vie et de pensée. Quand je lis que « la vivance transforme et que les choses ne seront plus jamais comme avant », je comprends de l’intérieur ce que cela veut dire. Mes lunettes ont changé. Je suis au centre du système. J’écoute mon corps, mes ressentis, mes émotions. Je vis dans l’ici et maintenant. Je me choisis en raccord avec ce qui est essentiel pour moi… je trouve le temps de faire ce que je ne parvenais pas à faire avant. Ma relation au passé me sert à capitaliser mes ressources, mes capacités, ma relation au futur sert à me visualiser dans mes projets, mes rêves, ce qui est essentiel à mes yeux.  A chaque nouvelle angoisse, devant des paradoxes, par l’ancrage, la respiration consciente, la lecture du corps, l’élargissement de mon espace de liberté…la Sophrologie me sert à reprendre contact avec mon sens. La Sophrologie devient une hygiène de vie. Le cancer a été l’électrochoc et la Sophrologie le moyen de revenir en conscience à ce à quoi je dis oui. Je prends cette vie qui m’est offerte pour en faire ce qui est essentiel pour moi. Pause de totalisation = réalité vécue de l’instant, examens de contrôle. Nous sommes 15 mois plus tard. Dialogue post sophronique  – Le cancer a quitté mon corps –  la Sophrologie a intégré ma Vie. J’aime la Vie. C.