Il est commun d’entendre, en réponse à la demande de définition de la sophrologie, « C’est une expérience à vivre ». Comme s’il fallait affirmer que ce n’est pas à définir intellectuellement, à conceptualiser. Cela ressemble presque à une manière de botter en touche, de ne pas dire, de ne pas expliquer. « Faisons une expérience ».  Ainsi ceux qui cherchent une définition sont souvent dans la difficulté de se faire une représentation de cette « expérience ». Quelle expérience ? L’expérience de quoi ? Si je prends la définition donnée sur le site de la Fédération Alfonso Caycedo (FAC) c’est « Un entraînement du corps et de l’esprit pour développer sérénité et mieux-être. » Le corps et l’esprit sont donc convoqués dans l’expérience sophrologique*. Dois-je conclure, dans cette définition, qu’en entraînant le corps et l’esprit (en les entraînant à quoi d’ailleurs ?) la sophrologie ne développerait rien d’autre qu’un  sentiment d’épanouissement que donnerai la satisfaction des besoins du corps et/ou de l’esprit ? « Développer une conscience sereine ». (FAC) Dans la sophrologie, le sujet est, des théories de base à la conduite de la séance, le « développement de la conscience ». Alfonso Caycedo s’est tourné très régulièrement vers la philosophie pour élaborer sa méthode. Je vais faire de même pour redéfinir la conscience, cette organisation du psychisme qui, en permettant d’avoir connaissance de ses états, de ses actes et de leur valeur morale, permet de se sentir exister, d’être présent à soi-même. Selon Bergson, (L’Évolution créatrice.) « …la conscience correspond exactement à la puissance de choix dont l’être vivant dispose ; elle est coextensive à la frange d’action possible qui entoure l’action réelle : conscience est synonyme d’invention et de liberté. » Pour Sartre, (L’Être et le Néant.) « … il est impossible d’assigner à une conscience une autre motivation qu’elle-même. Sinon il faudrait concevoir que la conscience, dans la mesure où elle est un effet, est non consciente (de) soi. Il faudrait que, par quelque côté, elle fût sans être conscience (d’) être. Nous tomberions dans cette illusion trop fréquente qui fait de la conscience un demi-inconscient ou une passivité. Mais la conscience est conscience de part en part. Elle ne saurait donc être limitée que par elle-même. » La conscience serait donc une « attention » aux faits de tous niveaux, (de corporels à psychiques jusqu’à l’environnement – en sophrologie nous parlons de phénomènes) qui les ferait passer du silence (Sartre parle du néant) à l’Être, et qui augmenterait ainsi le champ de la perception non seulement de soi-même mais aussi du monde qui nous entoure. Elle ne serait limitée ni par le corps ni par l’esprit, qu’elle « engloberaient », en les dépassant et en faisant une synthèse unique pour chaque personne, lui permettant créativité et liberté de choix. Et surtout l’acte de conscience est actif ! Et se réactualise en permanence. Ce mouvement part de soi, et la confusion est fréquente de nommer conscience ce qui n’est que pensée. En sophrologie, de la même manière que je prends conscience de mes sensations, le propre du premier degré, je prends conscience de mon esprit, le deuxième degré. Ce que l’on met dans « esprit »**, c’est bien sûr le souffle,  donc tout ce qui est incorporel, par extension la cognition, l’intellect,  le mental, les pensées, toutes choses qui en réalité ne tiennent pas exclusivement compte de l’instant vécu dans l’immédiat, parce que nourris des histoires du passé ou des peurs face au futur ou aux autres…… et qui ont une grande influence sur les émotions ! Et les sophrologues, là encore, le savent, qui autorisent les somatisations, écho dans le corps. Cet « esprit » est le réel créateur de ce que certains appelleront identité, d’autres encore ego. Rien de mauvais en réalité, mais envahissant, voire colonisateur. Et qui ne lâche pas prise, (pour prendre une expression de notre profession). Cet égo qui se fait généralement une « idée » à propos de ce que nous sommes, de ce qui est bien ou mal, de ce qui doit ou ne doit pas se faire, et même de ce que nous avons vécu… Il croit qu’il sait. Mais ce ne sont que des idées, des pensées situées en dehors du contexte, en dehors du temps et/ou de l’expérience. Jusqu’à ce que nous devenions témoin de l’étrangeté ou de l’inanité de ces croyances vis à vis de nous-même. Les prises de conscience qui lui arrivent le bousculent dans ses pensées et ses idées, et il n’aime pas avoir tort et se tromper, car il n’aime pas que les choses changent, sans quoi il pourrait perdre le contrôle. En vivant l’instant, nous autorisons une prise de conscience de la réalité tant du corps que des pensées et nous pouvons voir quelle forme prend cette réalité, qui permet de relâcher, mettre en liberté, devenir créatif. La sophrologie une expérience à vivre ? C’est l’apprentissage à Être dans le présent (cher aux sophrologues). Cette forme de présence  qui par l’ »attention » met à distance. Être attentif.  Attention et conscience sont profondément ancrés dans la réalité du présent. Ne pas être réduit à …. un corps, ni un esprit, ni des émotions ou des pensées….. la conscience est plus large que cela pour ne plus être « aspiré ou soumis » à l’un de ces éléments. Oser la liberté, entre autres vis à vis de ce que nos pensées nous disent, de notre corps, de nos expériences du passé, et de nos projections futures. Devenir créateur de sa vie, en acceptant que tout change à chaque instant et que tout peut être vécu avec la certitude que chaque moment est unique. C’est cette expérience que je vous souhaite de vivre. * Le corps et l’esprit ne s’opposent pas, ni ne se complètent, mais sont intégrés l’un à l’autre. ** Ha ! la langue française : esprit voyageur, ou vagabond, avoir l’esprit ailleurs…