A l’occasion de cette nouvelle année, il ne m’est pas simple de vous souhaiter une « bonne année sophrologique ». La sophrologie est tellement réduite à de la relaxation, du bien-être, voire une boite à outils dont le corps en est le principal objet et bénéficiaire que j’éprouve le besoin de redéfinir « ma sophrologie ».

Le professeur Caycedo a créé la sophrologie nommée ainsi d’après les racines grecques SOS-PHREN-LOGOS (ou « étude de la conscience en équilibre »).

C’est la conscience qui occupe la sophrologie, c’est l‘être dans sa globalité corps /esprit réunis !

La conscience du corps est ce qui est le plus mis en évidence, la sensation, la respiration, le mouvement, en sont les moyens de conquête. Et pour donner à l’esprit un chemin d’accès A Caycedo a distingué la phénoménologie. Philosophie qui prend pour point de départ l’expérience, la phénoménologie est la science des phénomènes, c’est-à-dire la science des vécus (par opposition aux objets du monde extérieur, ce qui n’est connu que par nos sens). Cette observation et description des phénomènes et de leurs modes d’apparition, (considéré indépendamment de tout jugement de valeur), n’a pour autre objectif que de revenir à « l’essence » on pourrait dire à l’origine, au point zéro, la première fois en somme. Ne disons-nous pas, nous sophrologues, « comme si c’était la première fois » !

Or, que nous le voulions ou non, nous venons tous après quelqu’un et quelque chose. Nous sommes d’une famille, d’un pays, d’une éducation, d’une histoire et même d’une certaine manière d’une biologie qui nous inscrit dans un « chaine », une lignée qui nous en rend dépendants, dépendants de l’AVANT. Ainsi, culture, savoirs, croyances, manières d’être au monde et même pathologies s’inscrivent dans ce que Carl Gustav Jung appelle l’inconscient collectif. Il s’étend du clan à la nation, de la famille nucléaire à la famille humaine. Dans cette chaine nos « premières fois » sont orientées par les premières fois et les expériences, les croyances, la culture …. de nos prédécesseurs. De « Goute ça c’est bon » à notre alphabet, de la Fête de Noël à celle de Yom Kippour, les exemples sont infinis.

Nous appelons cela nos racines ou notre ancrage. C’est là que se met notre sécurité. C’est de là que nous construisons notre « identité ». Je ne me lasse pas d’admirer ce mot qui viens de idem – le même -. Il signifie à la fois notre différence et notre appartenance. Il me renvoie toujours à cette évidence que nous sommes relié à cet AVANT nous.

Revenir aux choses même, c’est être conscient de ces liens. Revoir ces histoires multiples pour les re-choisir, ou pour s’en dégager. C’est bien là le sens de la « Caverne » de Platon cher aux sophrologues. J’ose cette insolence, Platon n’a pas tout dit, l’homme n’est pas enchaîné que d’une seule chaîne ! Elles sont plurielles, de nos croyances à nos représentations, de notre culture à notre histoire, le travail de conscience, l’entrée dans l’existence demande une attention à toutes nos dimensions.

Devenir naïf, – oui les représentations de naïf sont bien souvent négatives, -mais le mot ne signifie rien d’autre que « en train de naitre » ! Entrer dans l’expérience idéalement sans présupposés, sans préjugés (ils sont parfois bien silencieux) mais en ayant conscience que si l’un ou l’autre habille l’observation de cette expérience, elle peut être répétée jusqu’à ce qu’elle soit faite nue, pour elle même, et ainsi livrer à celui qui la fait, ce qui lui est fondamental ou essentiel.  Il me semble que je donne là la signification de « libre ». La liberté est une valeur importante de la sophrologie.

Il n’est pas question dans ce mouvement, qui est un mouvement vers soi, de tout jeter ou renier, il est question d’entrer dans la responsabilité de ses choix et de ses actes. Se donner le pouvoir de prendre ses décisions, de ne plus être dans l’automatique. Oser ce qui fait sens pour nous, profondément.

La sophrologie n’est donc pas un dévoilement de la conscience qui ne serait qu’une compilation de nos réalités internes et externes. C’est une dynamique qui met en cohésion ce que nous sommes profondément et notre manière d’être au monde. En y regardant de près le chemin d’une vie.

Je suis comme tous, j’ai besoin de détente et de bien-être et la sophrologie peut me les procurer. Mais elle porte en son essence tellement plus ! C’est cette sophrologie qui me va.

C’est cette bonne année sophrologique que j’ai envie de vous souhaiter, conscients de ce que vous êtes profondément. Responsables de votre vie, et libres de faire des choix qui ont des sens. Un 2019 sophrologique.

Jacqueline Baudet, le 20 décembre 2018